🌱 CAPRO-TNS : concilier cacao et conservation au cœur du TRI-National de la Sangha

Réunis à Douala du 3 au 4 mars 2026, les acteurs du projet CAPRO-TNS ont dressé le bilan d’une initiative ambitieuse visant à harmoniser la production cacaoyère et la préservation des forêts dans le paysage transfrontalier du TRI-National de la Sangha. Entre enjeux économiques, exigences environnementales et nouvelles réglementations internationales, les débats ont ouvert la voie à des solutions durables.

Le séminaire de clôture du projet CAPRO-TNS s’est tenu du 3 au 4 mars 2026 à Douala autour du thème : « La problématique de l’économie cacaoyère à l’interface des aires protégées du TRI-National de la Sangha (Cameroun, Congo, Centrafrique) ». Cette rencontre a rassemblé des experts, chercheurs, gestionnaires d’aires protégées et partenaires techniques. Parmi eux, le professeur Marie Louise Avana Tientcheu, Senior Scientist Forestry et Deputy Country Coordinator, ainsi que Romain Kana, Chef de division des programmes, qui a présidé les travaux.

Concilier patrimoine mondial et économie cacaoyère

Le projet CAPRO-TNS s’est donné pour ambition de concilier les objectifs de conservation de ce patrimoine mondial de l’UNESCO avec les impératifs de la production cacaoyère, pilier économique majeur pour les communautés locales et pour les économies nationales de la sous-région.

Dans un contexte international marqué par le renforcement des exigences environnementales, notamment la réglementation de l’Union européenne sur le cacao « zéro déforestation », la question de la durabilité devient centrale. « L’Union européenne, l’un des principaux acheteurs de cacao, pose désormais l’exigence de garantir que la production mondiale de cacao n’affecte pas la déforestation », souligne le professeur Marie Louise Avana Tientcheu.

Entre opportunités économiques et menaces écologiques

Les échanges ont mis en lumière trois constats majeurs.

Premièrement, la cacaoculture autour des aires protégées constitue une opportunité économique importante pour les communautés locales, en quête d’amélioration de leurs revenus.

Deuxièmement, le modèle extensif de culture du cacao représente une menace réelle pour la durabilité des forêts et la connectivité écologique. L’expansion des plantations entraîne un défrichement progressif vers les aires protégées, pourtant dédiées à la conservation de la biodiversité.

Troisièmement, les recherches ont permis d’observer des systèmes agroforestiers à base de cacao capables de maintenir les stocks de carbone et de préserver la biodiversité, tout en assurant une production économiquement viable.

Transformer les pratiques face au défi « zéro déforestation »

La réglementation internationale constitue à la fois un défi et une opportunité. Pour les producteurs installés autour des aires protégées, l’adaptation aux nouvelles normes exige une transformation des pratiques agricoles. « Pour nous, en tant que gestionnaires de ces sites, le défi est de savoir que faire de toutes ces connaissances », s’interroge Romain Kana.

Plusieurs pistes ont été proposées :

intégrer les recommandations scientifiques dans le schéma d’aménagement général du paysage du TRI-National de la Sangha ; développer des projets transformateurs favorisant la transition vers des pratiques agroforestières durables ; renforcer les partenariats entre administrations sectorielles, secteur privé, organisations locales, bailleurs de fonds et acteurs de la finance climatique, compte tenu du fort potentiel de séquestration de carbone identifié dans les agroforêts cacaoyères.

Préserver la biodiversité, sécuriser les revenus

Les discussions ont également souligné une réalité préoccupante : sous la pression de la croissance des revenus et de l’extension des cultures, certaines communautés défrichent les forêts en progressant vers les aires protégées. Cette dynamique fragilise les écosystèmes et compromet les efforts de conservation.

Le séminaire de Douala marque ainsi une étape décisive : celle du passage de la recherche à l’action. En plaçant l’agroforesterie cacaoyère au cœur des stratégies d’aménagement, le projet CAPRO-TNS ouvre la voie à un modèle de développement capable de préserver la biodiversité tout en consolidant l’économie locale.

À l’interface entre forêts protégées et plantations, l’avenir du cacao en Afrique centrale dépendra désormais de la capacité collective à faire rimer production, régulation internationale et conservation durable. 

Georges Potain

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