Une mission économique de haut niveau, organisée par un fonds d’investissement basé à Dubaï, se déploie à Yaoundé du 5 au 12 janvier pour identifier des projets porteurs dans le cadre de la Stratégie nationale de développement.
Dans la course effrénée aux financements pour 2026, le Cameroun accueille depuis le 5 janvier une mission économique stratégique baptisée “Invest in Cameroon, this is the moment”. Organisée par le SGC Group, un fonds d’investissement international basé à Dubaï et fort de plus de 25 ans d’expérience, cette initiative vise à mobiliser des capitaux privés pour accélérer la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030 (SND30).
Des secteurs stratégiques dans le viseur
Les investisseurs émiratis ont d’ores et déjà identifié plusieurs secteurs prometteurs où déployer leurs capitaux. L’énergie solaire figure en tête de liste, le Cameroun cherchant à diversifier son mix énergétique au-delà de l’hydroélectricité qui domine actuellement sa production. Le pays ambitionne d’atteindre un accès universel à l’électricité d’ici 2030, un objectif qui nécessite des investissements massifs estimés à plusieurs milliards de dollars.
Les infrastructures constituent un autre axe majeur d’intérêt. Routes, ponts, ports et aéroports : les besoins sont colossaux dans un pays dont le réseau de transport demeure largement insuffisant pour soutenir une croissance économique durable. Le Cameroun, avec ses 27 millions d’habitants et son positionnement stratégique entre l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest, représente un hub logistique potentiel pour la sous-région.
Les data centers s’imposent également comme une priorité dans un continent africain en pleine transformation numérique. Le Cameroun, qui dispose d’une relative stabilité politique par rapport à certains de ses voisins et d’une main-d’œuvre qualifiée, entend se positionner comme un pôle technologique régional.
Des termes et conditions attractifs
Le SGC Group propose aux partenaires d’affaires privés comme au gouvernement camerounais des conditions jugées compétitives par rapport aux standards du marché financier mondial. Cette approche s’inscrit dans la stratégie de Yaoundé de diversifier ses sources de financement, traditionnellement dominées par les bailleurs multilatéraux (Banque mondiale, FMI, Banque africaine de développement) et bilatéraux (France, Chine).
Une rencontre avec les grands investisseurs camerounais est prévue le 7 janvier à l’hôtel Hilton de Yaoundé, moment clé de cette mission qui durera jusqu’au 12 janvier. L’objectif : créer des synergies entre capitaux émiratis et locaux pour structurer des projets d’envergure.
Le défi de la souveraineté économique
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de “marche vers la souveraineté économique” affichée par les autorités camerounaises. Le pays cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure traditionnelle en attirant davantage d’investissements directs étrangers (IDE) et en développant des partenariats public-privé.
Toutefois, le Cameroun fait face à plusieurs défis structurels qui peuvent freiner l’attractivité des investissements : une gouvernance parfois jugée opaque, un climat des affaires qui reste perfectible malgré des réformes récentes, et une dette publique en constante augmentation. Selon le Document de stratégie d’endettement public pour 2024, le gouvernement prévoit d’emprunter 1 647 milliards de FCFA (environ 2,5 milliards d’euros), soit 5,3% du PIB.
La SND30, lancée par le président Paul Biya, vise à faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035 à travers la transformation structurelle de l’économie, le développement du capital humain et le renforcement de l’intégration régionale. Des ambitions qui nécessiteront bien plus que les financements traditionnels pour se concrétiser.
Cette mission émiratie sera scrutée de près : elle pourrait ouvrir la voie à d’autres délégations du Golfe, région où les pétrodollars cherchent activement des relais de croissance sur le continent africain.

