Le sous-préfet Joël Patrice Nariki, son épouse et trois de leurs enfants ont péri dans l’incendie de leur résidence. Une semaine plus tôt, celle du commandant de brigade était déjà ravagée par les flammes. Dans cette zone aurifère de l’Adamaoua, les symboles de l’État deviennent des cibles.
Le drame a glacé d’effroi la localité de Galim-Tignère, dans le département du Faro-et-Déo. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le sous-préfet Joël Patrice Nariki, administrateur civil principal, a péri avec son épouse et trois de leurs enfants dans l’incendie de leur résidence de fonction. Seuls deux membres de la famille ont survécu : l’aînée, âgée de 18 ans, et le benjamin de 2 ans, rescapés d’un brasier dont les causes demeurent mystérieuses.
Ce sinistre intervient moins d’une semaine après un incendie similaire qui avait ravagé la résidence du commandant de brigade Alain Djampa. L’adjudant-chef, qui a tout perdu y compris ses effets militaires, se retrouve désormais sans domicile. Deux incendies en sept jours visant deux représentants de l’autorité de l’État : la coïncidence interroge.
Tensions autour de l’or
À Galim-Tignère, arrondissement riche en minerais, les langues se délient difficilement. Certaines sources évoquent des tensions liées à l’exploitation aurifère, opposant une entreprise chinoise à des riverains qui s’estimeraient lésés. Les autorités administratives locales, prises dans cet étau, auraient selon certains témoignages adopté des positions jugées opaques par une partie de la population.
D’autres voix font référence au « Yangouli », ces pratiques rituelles traditionnelles auxquelles recourent parfois les communautés locales lorsqu’elles estiment subir une injustice. Une explication qui relève davantage de la croyance populaire que de l’analyse factuelle, mais qui traduit le climat de défiance qui règne dans cette zone minière.
Questions sans réponses
Les autorités judiciaires ont ouvert une enquête pour déterminer les circonstances exactes de ces drames. Mais au-delà des causes immédiates, ces incendies successifs soulèvent des questions plus larges sur la gouvernance des ressources naturelles dans les zones reculées, sur les relations entre entreprises extractives et populations locales, et sur le rôle des autorités administratives dans la médiation de ces conflits.
Dans un pays où l’exploitation artisanale et industrielle de l’or génère régulièrement des tensions sociales, l’affaire de Galim-Tignère pourrait révéler les failles d’un système où les intérêts économiques, les revendications communautaires et l’autorité de l’État peinent à trouver un équilibre. En attendant les conclusions de l’enquête, une famille a été décimée et les symboles de la République sont partis en fumée.

