Réunis à Douala hier mercredi 18 février 2026, les responsables de la plateforme « Alliance des Syndicats pour le Développement du Transport Routier au Cameroun » (ASDETRO) ont dressé un tableau préoccupant de la situation du secteur. Ils appellent les pouvoirs publics à des réformes urgentes pour restaurer l’équité, la rentabilité et la stabilité sociale dans la profession.
La plateforme des organisations socioprofessionnelles dénommée « Alliance des Syndicats pour le Développement du Transport Routier au Cameroun » (ASDETRO) a tenu un point de presse dans la salle de conférence du Groupement des Transporteurs Terrestres du Cameroun. Ont pris part à cette rencontre avec la presse Ibrahima Yaya, président du Groupement des Transporteurs Terrestres du Cameroun, ainsi que Ngakam Beaulair, président du Syndicat National des Transporteurs Propriétaires Professionnels Urbain Interurbain et Routier du Cameroun, entre autres responsables syndicaux.
Prenant la parole, Ibrahima Yaya a exprimé la satisfaction des acteurs du transport routier de marchandises quant à la mise en place récente de cette plateforme. Celle-ci a été créée en marge des travaux de la VIe Assemblée générale et de la IIIe édition des GTTC Awards, organisées à Ngaoundéré du 27 au 30 janvier 2026. Les organisations signataires ont décidé de mutualiser leurs ressources et leurs actions afin de défendre les intérêts de la profession et d’élaborer des stratégies communes pour assurer sa rentabilité et sa pérennité.

Une activité en net déclin
Malgré des apparences parfois trompeuses, l’activité du transport routier connaît une régression inquiétante. Les responsables syndicaux en veulent pour preuve le nombre croissant de camions stationnés le long des axes routiers et des corridors. Contrairement aux arrêts volontaires d’autrefois, ces immobilisations sont aujourd’hui principalement dues à des pannes mécaniques. Les transporteurs éprouvent d’énormes difficultés à assurer la maintenance de leurs véhicules en raison du coût élevé des pièces de rechange. Autrefois propriétaires prospères, capables d’assurer une éducation de qualité à leurs enfants et de vivre aisément, nombre d’entre eux sont désormais locataires et parfois confrontés à des poursuites pour insolvabilité.
À ces difficultés s’ajoutent les contrôles routiers jugés excessifs et tracassiers, la hausse continue des prix des pièces détachées, la double revalorisation des prix des carburants à la pompe, ainsi que la concurrence qualifiée de déloyale des producteurs, industriels, marqueteurs et autres bailleurs de fret. Cette pratique, communément appelée « transport pour compte propre », fragilise davantage les transporteurs professionnels.
Des revendications pour restaurer l’équité
Dans le cadre d’un dialogue social qu’ils souhaitent franc et constructif, les membres de l’ASDETRO sollicitent du gouvernement la mise en place d’un cadre réglementaire adapté aux réalités du secteur. Ils plaident notamment pour la réactivation du bon de chargement, indispensable selon eux à la sécurisation des prix du transport et au respect des quotas de fret prévus par les conventions bilatérales Cameroun Tchad et Cameroun RCA. Un tel mécanisme permettrait aux syndicats de mieux défendre les intérêts de leurs membres et de mobiliser des ressources nécessaires à leur fonctionnement.
Les responsables dénoncent également certaines pratiques attribuées au Bureau de Gestion du Fret Terrestre, notamment le reversement des cotisations syndicales au seul Syndicat National des Transporteurs Routiers du Cameroun. Le mode opératoire actuel prévoit le paiement de 14 000 FCFA, en sus des frais de la Lettre de Voiture Internationale exigée à tout transporteur, quelle que soit son appartenance syndicale. Une situation jugée source de tensions sociales dans le secteur. Les membres de la plateforme estiment que la persistance de cette pratique porte atteinte au principe de liberté syndicale et appellent les autorités compétentes à rétablir la justice et l’équité.
Pour une application effective de la lettre de voiture obligatoire
L’ASDETRO recommande par ailleurs la mise en œuvre effective de la lettre de voiture obligatoire pour les marchandises circulant à l’intérieur du territoire national. La production systématique de ce document permettrait de mieux contrôler les quotas de transport et de lutter contre la concurrence déloyale exercée par certains grands groupes opérant dans le « transport pour compte propre ».
S’agissant de la Lettre de Voiture Obligatoire, les membres de la plateforme sollicitent leur implication effective ainsi que celle de toute organisation syndicale légalement constituée dans le secteur. Ils demandent également l’implication du partenaire technique désigné conformément aux recommandations issues de la réunion de concertation tenue le 28 janvier 2026 à Ngaoundéré.
À travers cette déclaration, l’ASDETRO espère une réponse diligente des pouvoirs publics afin de préserver un secteur stratégique pour l’économie nationale et garantir un climat social apaisé.

