Dans une interview accordée à RFI ce 27 août 2025, le philosophe camerounais Achille Mbembé dresse un constat sans appel : depuis les années 90, le Cameroun serait plongé dans une inertie profonde. À l’approche de la présidentielle, il critique sévèrement les 43 années de règne de Paul Biya, qu’il qualifie de « demi-siècle de gaspillage et de dissipation ».
« Tout s’est arrêté depuis les années 90 »
Interrogé par Radio France Internationale, Achille Mbembé a livré une analyse sévère de l’évolution politique et sociale du Cameroun. « Je crois que tout s’est arrêté au Cameroun depuis le début des années 90. Depuis lors, c’est l’inertie qui prévaut », a-t-il déclaré.
Pour lui, malgré une société qui bouge par à-coups, « sur le modèle de la reptation », rien n’aurait débouché sur de véritables avancées historiques.
Un bilan « calamiteux » de 43 ans au pouvoir
L’intellectuel n’a pas mâché ses mots à l’endroit du président sortant, Paul Biya, au pouvoir depuis 1982 : « Je crois qu’il est temps de dresser tout de même un bilan des 43 années au pouvoir de monsieur Paul Biya. Je crois que ce bilan est calamiteux », a-t-il estimé.
Mbembé pointe du doigt le gaspillage, la dissipation et la dégradation des conditions de vie, décrivant une capitale gangrenée par l’insalubrité et l’absence d’hygiène publique.
Yaoundé, « un vaste bric-à-brac »
Au cours de son entretien, le philosophe s’est attardé sur la situation de la capitale camerounaise : « Vous allez à Yaoundé, c’est des poubelles, des montagnes d’ordures à ciel ouvert. On a l’impression que tout se désagrège. Et Yaoundé n’est pas une ville. C’est un vaste bric-à-brac et il faudra sans doute changer de capitale le jour venu. »
Ces propos tranchent avec l’image officielle d’une ville en modernisation, soulignant selon lui l’écart entre discours et réalité vécue
Un appel à la lucidité et à une réflexion de fond
Achille Mbembé appelle les Camerounais à regarder en face leur condition existentielle et à engager un débat lucide sur l’avenir du pays. « La condition existentielle de ce peuple appelle à des réflexions de fond. (…) Dans un pays normal, un vieillard comme lui aurait été congédié depuis très longtemps. »
À quelques semaines de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, cette sortie médiatique résonne comme une interpellation directe aux citoyens et aux acteurs politiques.

