REDHAC – Justice : encore un renvoi, 8 mois après la fermeture

REDHAC – Justice : encore un renvoi, 8 mois après la fermeture

Le procès opposant le ministère public au REDHAC a de nouveau été reporté ce 4 août 2025 à Douala. L’absence du plaignant et l’inaccessibilité des statuts de l’organisation, toujours sous scellés, ont poussé le juge à fixer une nouvelle date : le 6 octobre. Une affaire sensible, au cœur des débats sur l’État de droit et les libertés fondamentales.

Nouvelle suspension dans l’affaire Ministère public contre REDHAC, ce 4 août 2025, au Tribunal de première instance de Bonanjo à Douala. Pour la troisième fois consécutive, l’audience s’est tenue sans la présence du plaignant. Le ministère public, seul présent cette fois, a reconnu son impuissance à faire comparaître la partie civile. Un constat qui a conduit le juge à renvoyer l’affaire au 6 octobre prochain, exigeant cette fois la comparution des deux parties.

À l’origine de cette procédure judiciaire : la fermeture des bureaux du REDHAC le 6 décembre 2024, sur décision administrative du préfet du Wouri, agissant pour le compte du ministère de l’Administration territoriale. L’organisation est poursuivie pour financement illicite et non-respect des dispositions légales. Des accusations que ses responsables rejettent catégoriquement, dénonçant une atteinte aux libertés publiques.

Mais ce troisième report soulève davantage de questions qu’il n’en résout. Car selon la défense, l’impossibilité d’accéder aux statuts du REDHAC — documents requis par la justice — constitue un blocage majeur, les locaux de l’organisation étant toujours placés sous scellés huit mois après leur fermeture, initialement prévue pour trois mois.

« Le procureur a expliqué son malaise, car malgré ses efforts, le plaignant est encore absent à cette troisième audience. Il a demandé les statuts du REDHAC. Ces documents existent, mais nous ne pouvons pas y accéder puisqu’ils se trouvent dans les locaux scellés depuis huit mois, sans renouvellement formel de cette décision », a expliqué Me Charlotte Tchakouté, membre du collectif d’avocats de la défense.

Un vide administratif et judiciaire qui nourrit l’incompréhension, mais aussi l’indignation dans les rangs du REDHAC et chez les défenseurs des droits de l’homme. Car au-delà du sort de cette organisation régionale, c’est le principe de la liberté d’association qui se retrouve au centre du débat.

« Il y a une entrave à l’exercice de notre mission, qui est pourtant protégée par les conventions internationales. La liberté d’association est inscrite dans les textes les plus élevés de notre pays. Ce procès doit nous interroger sur notre véritable place en tant que citoyens, porteurs de la souveraineté populaire », a réagi Me Alice Nkom, avocate et présidente du conseil d’administration du REDHAC, également mise en cause dans l’affaire.

Depuis l’ouverture de cette procédure, plusieurs observateurs nationaux et internationaux suivent de près son évolution, y voyant un test pour l’État de droit au Cameroun. L’organisation REDHAC, active dans la défense des droits humains à l’échelle de l’Afrique centrale, bénéficie d’un écho important au sein des milieux de la société civile et des réseaux internationaux.

Alors que la défense reste mobilisée, elle continue de dénoncer les renvois successifs et les obstacles d’accès aux preuves, soulignant une volonté de prolonger une situation déjà anormale sur le plan juridique.

« Nous sommes face à une procédure qui s’éternise, pendant que les scellés ne sont plus juridiquement justifiés. La défense reste engagée pour que justice soit rendue, dans le respect des droits », a martelé Me Tchakouté.

Le prochain rendez-vous judiciaire est donc fixé au 6 octobre 2025. Une date que beaucoup espèrent enfin décisive dans cette affaire emblématique, où les enjeux dépassent largement le cadre d’un simple litige administratif.

La Rédaction

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