Affaire Martinez Zogo : le rôle clé de la DGRE disséqué au tribunal militaire

Affaire Martinez Zogo : le rôle clé de la DGRE disséqué au tribunal militaire Yaoundé

Près de deux ans après l’assassinat du journaliste, le procès entre dans une phase technique cruciale avec l’audition d’un haut responsable des services de renseignement. Un témoignage qui pourrait éclairer les zones d’ombre d’une affaire d’État.

Au tribunal militaire de Yaoundé, l’audience du lundi 6 janvier a marqué un tournant dans le procès de l’assassinat de Martinez Zogo. Le commissaire divisionnaire James Lobe, ancien directeur des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) et conseiller technique numéro 1 au moment des faits, a poursuivi sa déposition entamée lors de la session précédente. Le 17ᵉ témoin du ministère public, figure centrale de l’appareil sécuritaire camerounais, a livré un témoignage technique d’une rare densité sur le fonctionnement du service de renseignement extérieur.

Une plongée dans les arcanes du renseignement

Pendant plusieurs heures, le haut gradé a décrypté les missions régaliennes, les procédures opérationnelles et le jargon spécifique à la DGRE, l’un des services les plus opaques du dispositif sécuritaire camerounais. Cette audition à forte portée pédagogique visait à permettre aux juges, aux avocats et aux parties civiles de mieux comprendre les contours institutionnels d’un service souvent associé aux opérations sensibles de l’État.

Soumis à un contre-interrogatoire serré de la part des avocats de la défense et des accusés, James Lobe a été questionné sur des aspects cruciaux : la chaîne de commandement au sein de la DGRE, la portée des ordres hiérarchiques et les procédures normales d’intervention. Au cœur des débats, une question centrale s’est imposée : celle du non-respect des consignes et des procédures, élément que le ministère public brandit comme une clé d’appréciation des responsabilités individuelles.

Un procès qui traîne, une justice sous pression

Enlevé le 17 janvier 2023 devant un poste de gendarmerie de Yaoundé où il tentait de trouver refuge, Martinez Zogo, animateur vedette d’Amplitude FM, avait été retrouvé mort cinq jours plus tard dans la banlieue de Soa, le corps portant les traces d’atroces tortures. L’affaire avait provoqué un séisme dans l’opinion publique camerounaise et internationale, mettant en lumière les pratiques d’intimidation contre les journalistes d’investigation.

Sur les 45 témoins cités par le ministère public depuis le début des auditions en septembre 2025, 17 ont désormais défilé à la barre. Parmi les 14 personnes mises en examen figurent des personnalités de premier plan : le commissaire divisionnaire Léopold Maxime Eko Eko, ancien chef de la DGRE, le lieutenant-colonel Justin Danwé, ainsi que l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, directeur du groupe de presse L’Anecdote. Ce dernier, dont les relations avec la victime étaient notoirement tendues, voit sa demande de mise en liberté systématiquement rejetée depuis septembre 2025.

Le procès, qui a officiellement débuté en septembre 2025 après plus de deux ans d’instruction marquée par des rebondissements procéduraux, avance désormais à un rythme soutenu. En juillet 2025, la Cour d’appel du Centre avait annulé un jugement avant dire droit controversé rendu par le tribunal militaire en novembre 2024, ordonnant le renvoi de l’affaire sur la base exclusive des qualifications originales d’accusation.

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Une affaire aux ramifications politiques

L’implication présumée de membres de la DGRE dans l’enlèvement et la mort du journaliste transforme ce dossier en véritable affaire d’État. Les témoignages successifs, dont celui de sous-officiers affirmant avoir reçu des instructions pour “administrer une correction” au journaliste, dessinent les contours d’une opération qui aurait mobilisé des moyens étatiques.

Le corps de Martinez Zogo, qui devait être enterré depuis bientôt deux ans, reste toujours sous scellés à la morgue, symbole d’une justice en quête de vérité dans un dossier qui implique les plus hautes sphères du pouvoir. Pour la partie civile, menée par Maître Calvin Job, ces auditions méthodiques doivent permettre d’établir non seulement les exécutants, mais aussi les commanditaires d’un assassinat qui a choqué le continent africain.

Le tribunal militaire poursuit ses auditions dans l’objectif déclaré de statuer en toute indépendance sur l’une des affaires judiciaires les plus sensibles de la dernière décennie au Cameroun. Une ambition que d’aucuns jugent difficile dans un pays où la séparation des pouvoirs reste régulièrement questionnée.

La Rédaction

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