Afrique centrale : le PAGIRN-PPTIC boucle sa première phase et plaide pour un nouvel élan numérique régional

Réunis à Douala du 23 au 25 février 2026, les experts et décideurs des six pays d’Afrique centrale valident les rapports actualisés de cartographie des besoins en TIC. Cette rencontre marque la clôture du projet PAGIRN-PPTIC et ouvre la voie à un plaidoyer en faveur d’une deuxième phase axée sur l’intégration numérique régionale.

Les Ateliers régionaux de validation des rapports actualisés de la cartographie des besoins TIC et des documents cadres de référence des infrastructures numériques en Afrique centrale se sont ouverts ce lundi 23 février 2026 à Douala. La cérémonie d’ouverture a été présidée par le Pr. Raul Domingo Ayissi, directeur de l’École Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé (ENSPY) et coordonnateur sous-régional du projet « Prospective et planification des TIC en Afrique centrale » (PAGIRN-PPTIC).

Pendant trois jours, les participants examinent et valident les recommandations issues de l’actualisation de la cartographie de l’Observatoire TIC d’Afrique centrale. Il s’agit d’un travail technique structurant visant à doter les États d’outils fiables d’aide à la décision. « Le projet a permis d’obtenir une cartographie beaucoup plus précise des besoins en infrastructures numériques dans la sous-région. Les résultats sont tangibles », a souligné le Pr. Ayissi.

Une base de données pour structurer l’action publique

Au cœur des travaux figure la consolidation d’une base de données régionale harmonisée. Pour le coordonnateur du projet, cette étape constitue un préalable indispensable à toute politique efficace d’aménagement numérique. « Il a fallu construire une base de données solide. Sans données fiables, il est impossible d’atteindre les objectifs de planification et de gouvernance », a-t-il insisté.

Le responsable académique a également salué l’appui du chef de l’État camerounais, Paul Biya, pour avoir confié la coordination du projet à l’ENSPY. Au-delà du volet technique, l’atelier marque la clôture officielle du projet financé dans le cadre du PAGIRN. Les responsables entendent désormais engager un plaidoyer auprès des partenaires techniques et financiers, en particulier l’Union européenne, en vue d’une seconde phase.

Un instrument de désenclavement régional

Pour Joseph Kandolo Mukeny, enseignant à l’Institut des techniques appliquées de Kinshasa (RDC), le PAGIRN-PPTIC dépasse le cadre académique. « Il s’agit d’un véritable projet de développement et de désenclavement des pays d’Afrique centrale. Les difficultés d’interconnexion restent un frein majeur à l’intégration régionale », explique-t-il.

Le projet concerne six pays : Cameroun, Gabon, Congo, République centrafricaine, République Démocratique du Congo et Tchad et vise à renforcer les capacités nationales en matière de planification, de gouvernance et de gestion des infrastructures TIC.

L’enjeu de l’ODD 9 et la fracture numérique

Les discussions s’inscrivent dans la dynamique du neuvième Objectif de développement durable (ODD 9), consacré à l’industrie, à l’innovation et aux infrastructures.

Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), près de 3,9 milliards de personnes dans le monde ne sont toujours pas connectées à Internet. Si 84 % des ménages européens disposent d’un accès, ce taux demeure autour de 15,4 % en Afrique. Près d’un quart de la population mondiale non connectée vit sur le continent. L’amélioration de l’accès au numérique apparaît ainsi comme un levier majeur de transformation économique, d’inclusion sociale et de compétitivité.

Le PIDA comme cadre continental

Le projet s’inscrit également dans la vision du Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), lancé en juillet 2010 à Kampala par l’Union Africaine. Dans sa deuxième phase, le PIDA ambitionne, à l’horizon 2030, de désenclaver les zones rurales et reculées grâce à des infrastructures intégrées dans les secteurs des transports, de l’énergie et des TIC. C’est dans ce cadre que l’Union européenne a soutenu le Projet d’Appui à la Gouvernance des Infrastructures Régionales et Nationales en Afrique Centrale (PAGIRN), dont le volet TIC a été confié à l’ENSPY, avec l’appui de l’École nationale supérieure des postes, télécommunications et TIC (SUP’PTIC).

Une première phase de 55 mois

Ainsi, lancé le 6 août 2021 pour une durée de 55 mois, le projet s’achève en février 2026. Au total, 29 participants prennent part aux travaux de Douala pour valider les documents stratégiques actualisés. Au-delà du bilan technique, les promoteurs estiment que les bases d’une gouvernance numérique régionale structurée sont désormais posées. L’enjeu consiste à transformer ces acquis en politiques publiques opérationnelles et en investissements structurants.

La seconde phase souhaitée pourrait ainsi consolider l’intégration numérique de l’Afrique centrale, condition essentielle à la compétitivité et à la souveraineté économique de la sous-région.

 

 

Georges Potain

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