Organisation de l’Unité Africaine : que marquons-nous en ce jour de libération de l’Afrique ?

 Organisation de l’Unité Africaine : que marquons-nous en ce jour de libération de l’Afrique ?

Credit photo :Riard dar aman

Ce 25 mai marque la date de la célébration de la Journée de la libération de l’Afrique également appelée la Journée de l’Afrique. Une date qui n’est pourtant pas très connue du grand public. La BBC s’est entretenue à ce sujet avec l’historien Amzat Boukari-Yabara, auteur du livre Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme.

Quelle est la raison de la célébration de cette journée ?

La journée du vingt-cinq mai est célébrée en hommage au 25 mai 1963 qui est la date de création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Elle a remplacé une première organisation qui a été mise en place par les pays de ce qu’on appelait le groupe de Casablanca. Ce dernier avait choisi la date du 15 avril 1958, qui était la date de la première conférence des États africains indépendants.

Donc, la date du 25 mai s’est imposée à partir du moment de la création de l’OUA. Et c’est effectivement cette date-là qui est choisie pour être la journée mondiale de l’Afrique.

Ce sont principalement des militants afro-américains qui, au début des années 70, ont lancé régulièrement cette commémoration, notamment vers les années 72, en soutien justement aux efforts pour parachever l’unité africaine.

À l’époque, c’était notamment dans le contexte des luttes de décolonisation au niveau de l’empire portugais, également des régimes d’apartheid.

Depuis cette époque, cette commémoration qui était d’abord militante, a été institutionnalisée pour devenir ce qu’on appelle la Journée mondiale de l’Afrique. Mais à l’origine, il s’agissait bel et bien de la journée de la libération de l’Afrique.

Quel est le contexte qui a favorisé la création de l’organisation de l’Unité africaine ?

Alors le contexte de l’époque où nous sommes dans une dynamique où il y a eu une première vague d’indépendances entre 1957 et 1962.

On a à peu près une trentaine de pays qui viennent d’obtenir leur indépendance et qui vont décider de s’engager sur les grandes questions internationales de l’époque.

Donc il y a notamment la guerre d’Algérie qui va diviser déjà des pays africains en deux groupes, dont un groupe dit de Brazzaville qui correspond aux anciennes colonies françaises. Elles soutiennent la position de la France sur l’Algérie.

La crise également au niveau de la Mauritanie parce que le Maroc ne reconnaît pas l’indépendance de la Mauritanie par rapport aux frontières issues de la décolonisation et réclame un grand Maroc.

Un groupe se constitue aussi de l’autre côté au niveau de Casablanca. Il apparaît comme un groupe révolutionnaire et qui considère que la question de l’intangibilité des frontières héritées de la décolonisation doit être débattue plus largement.

Dans ce groupe-là, on trouve notamment le champion du panafricanisme qui est Kwame Nkumah qui, lui, dit dès l’indépendance du Ghana en 1957, qu’il faut mettre en place des Etats Unis d’Afrique. En d’autres termes, un gouvernement continental qui se substituera aux gouvernements territoriaux.

La troisième crise qui va être centrale c’est la crise du Congo avec le renversement puis l’assassinat de Patrice Lumumba et le fait que les pays africains vont prendre position pour ou contre.

Ces trois éléments vont faire que le continent africain a un besoin d’unité.

Comment l’OUA a-t-elle été créée ?

A l’époque, il y a un besoin de trouver une voie commune pour parler. En 1963, l’empereur d’Éthiopie Hailé Sélassié va convoquer une conférence de tous les pays africains à Addis-Abeba.

Il y a cette conférence table et les pays africains vont tous se retrouver. Ils vont décider en l’espace de deux jours de mettre en place une organisation pour l’unité africaine pour avoir un cadre commun pour débattre justement de ces questions.

Il y a ceux qui disaient qu’il fallait aller directement au gouvernement continental. C’était la position minoritaire de Kwame Nkrumah.

Et ceux qui disaient qu’il fallait d’abord, d’une part, construire les Etats-nations et travailler l’intégration au niveau des espaces régionaux.

C’est cette seconde voie qui a été choisie.

Alors, l’année suivante, en 1964, il y aura le premier sommet de l’OUA qui aura lieu au Caire.

On valide l’intangibilité des frontières héritées de la décolonisation et la non-ingérence dans les affaires intérieures.

C’est à partir de ces deux principes que l’OUA va se positionner sur les grands enjeux et participer notamment à travers un comité de libération, à parachever la décolonisation du continent africain.

Ce qui intervient en 1994 avec les premières élections multiraciales en Afrique du Sud et donc à partir de 1994, on estime que l’OUA a accompli sa mission première et donc on rentre dans le processus de transformation de l’OUA.

Ce qui va amener entre 1999 et 2002, Mouammar Kadhafi à accélérer et financer la mise en place de ce qui est aujourd’hui l’Union africaine, donc l’OUA c’est l’ancêtre de l’Union africaine.

L’OUA est morte, vive l’Union Africaine !

Aujourd’hui, on est plutôt dans des processus d’intégration plutôt que des processus d’unité.

L’Union africaine a décidé de fonctionner à travers ce qu’on appelle les communautés économiques régionales qui ont été mises en place dans les années, principalement 70.

Ce qui signifie travailler d’abord l’intégration des régions pour ensuite intégrer les huit communautés dans un « ensemble continental », donc la voie de l’intégration.

C’est lié aux choix qui ont été mis en place à l’époque et qui ont été confirmés en 1991 par le traité d’Abuja qui est le traité structurant de la géopolitique continentale africaine aujourd’hui.

Source bbc.com

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