La musique camerounaise pleure l’un de ses plus grands maîtres. Ange Ebogo Emérent, légende du bikutsi, s’est éteint le 28 août 2025 à Yaoundé. À 72 ans, il laisse derrière lui un héritage colossal : plus de 20 albums, des hits immortels, et une génération entière de disciples.
De « Okon ma kon », disque d’or en 1984, à « Soglo mwan » en 1990, Ange Ebogo Emérent a multiplié les hymnes populaires. Guitariste hors pair, vocaliste d’exception, il a porté le bikutsi au sommet, avec son groupe Ozima, dans les années 80. Ce chef d’orchestre respecté a aussi été un maître d’école pour de nombreux talents, dont Zanzibar, futur membre des mythiques « Têtes Brûlées ».
Le parrain de K-tino et d’une école musicale
Plus qu’un artiste, il fut un mentor. K-tino, reine du bikutsi, lui doit ses premiers pas, ses arrangements… et même son nom de scène. Humble et généreux, Ange Ebogo a façonné des carrières, inspiré des vocations et ouvert la voie à des héritiers comme son propre fils, Tonton Ebogo, aujourd’hui virtuose de la guitare solo.
Une voix d’ange aux accents engagés
Surnommé « Ange » depuis les cabarets de Yaoundé où il imitait Joe Dassin, Rochereau et Tabuley, il a su conquérir le public par sa voix lumineuse. Arrangeur, instrumentiste et chanteur, il a également prêté son talent aux campagnes présidentielles de Paul Biya, de 1994 à 2018, devenant la voix d’un régime qu’il célébrait en musique.
Des racines profondes et un arbre généreux
Né le 4 décembre 1952 à Mfou, formé d’abord à la menuiserie et au coffrage, son destin musical s’est imposé très tôt. Les chorales, les cabarets, puis la scène nationale : son parcours fut jalonné d’étapes qui l’ont conduit à planter un arbre majestueux. Comme l’a dit un auteur : « Celui qui a planté un arbre n’a pas vécu inutilement sur la Terre. » Cet arbre, ce sont ses chansons, son fils Tonton Ebogo, et l’inestimable patrimoine culturel qu’il lègue.
Georges potain likeng

