La ministre Madeleine Tchuinte trace les contours d’une « recherche de troisième génération », résolument tournée vers la création d’emplois et l’industrialisation du pays.
Lors de la cérémonie de présentation des vœux du 28 janvier, la ministre camerounaise de la recherche scientifique et de l’innovation, Madeleine Tchuinte, a esquissé les grandes lignes d’une transformation ambitieuse du secteur. Sa vision : faire de la recherche un levier direct de création d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes, tout en amorçant le passage vers une « recherche de troisième génération ».
« On ne fait jamais attention à ce qui a été fait, on ne voit que ce qui reste à faire », a-t-elle lancé, citant Marie Curie, consciente que les défis restent nombreux malgré les avancées récentes : restructuration institutionnelle, recrutement d’un millier de chercheurs et amélioration des conditions de travail.
De la recherche scientifique à l’entrepreneuriat
Au cœur du projet gouvernemental : multiplier les ponts entre recherche et secteur privé. Le ministère mise sur la création d’entreprises spécialisées dans la production de semences améliorées (maïs, blé, sorgho) pour réduire la dépendance aux importations et générer des revenus à l’export.
Le concept « un chercheur, une entreprise », érigé en leitmotiv, incarne cette volonté de basculer vers une science au service de l’économie réelle. Dans le secteur médical, l’ambition est de bâtir une industrie pharmaceutique locale en accompagnant opérateurs privés et praticiens de médecine traditionnelle. Le gouvernement encourage également l’installation d’unités de fabrication de matériaux de construction locaux.
Un institut futuriste en gestation
L’annonce phare reste la création prochaine d’un « institut futuriste » dédié aux domaines d’excellence : intelligence artificielle, énergies renouvelables, biotechnologies et économie bleue. Cette structure devrait générer « des milliers d’emplois stables », selon la ministre, même si le projet reste évasif sur ses modalités de financement et son calendrier.
Un leadership scientifique régional à valoriser
Le Cameroun s’impose comme leader scientifique en Afrique centrale avec 73 % des publications de la sous-région CEMAC en 2020. Cette prééminence académique contraste toutefois avec la faible valorisation économique des résultats, un paradoxe que le gouvernement entend corriger.
Parmi les réalisations récentes : le développement de biopesticides primés par le Conseil ouest et centre africain pour la recherche agricole, et la mise au point de cinq variétés de blé résistantes à la chaleur, adaptées aux basses altitudes.
Des défis structurels persistants
Le passage d’une culture académique à une logique entrepreneuriale suppose un changement de mentalité profond. La question du financement demeure cruciale, malgré des conventions avec des partenaires internationaux et l’obtention d’une plateforme géospatiale de 617 millions de francs CFA offerte par la Belgique.
Alors que le Cameroun aspire à devenir un hub sous-régional de la recherche, la ministre affiche une confiance mesurée. « Nous ne dormirons pas sur nos lauriers », a-t-elle prévenu, consciente que les ambitions affichées devront trouver les moyens de leur concrétisation.

