Le président camerounais Paul Biya a signé ce lundi un décret permettant au ministre des Finances de lever 930 milliards de francs CFA (environ 1,42 milliard d’euros) sur les marchés intérieurs et extérieurs. Objectif : financer des projets de développement et apurer la dette publique.
Un décret aux allures de bouffée d’oxygène budgétaire
Ce nouvel emprunt, réparti en trois volets, comprend : 350 milliards FCFA via l’émission d’Obligations du Trésor (OT) et d’Obligations du Trésor Assimilables (OTA) sur le marché intérieur, 250 milliards FCFA sous forme de prêts directs auprès d’organismes privés locaux, 330 milliards FCFA à mobiliser sur les marchés bancaires extérieurs.
Cette manne financière s’inscrit dans le prolongement de la loi de finances rectificative 2025, qui a porté les besoins de financement de l’État à 2 326,5 milliards FCFA, soit près de 30 % de plus que les prévisions initiales.
L’ombre persistante de la dette intérieure
Si le décret évoque le financement de « projets de développement », le poids de la dette intérieure reste un enjeu central.
À fin 2025, les restes à payer sont évalués à 485,4 milliards FCFA, en recul de 19,4 % sur un an selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA). Mais la réalité est plus préoccupante : 78 % des arriérés concernent des retards de plus de trois mois, fragilisant entreprises et prestataires dépendants de la commande publique.
En clair, l’État camerounais emprunte aujourd’hui pour rembourser, une mécanique qui soulage temporairement mais qui, mal maîtrisée, peut ressembler à un cercle vicieux.
Entre espoir de relance et risque d’asphyxie financière
Cette stratégie d’endettement présente un double visage. D’un côté, elle rassure les créanciers et évite l’accumulation d’arriérés qui plombe la trésorerie des entreprises locales. De l’autre, elle alimente la spirale de la dette, si les fonds mobilisés ne sont pas investis dans des projets structurants capables de générer de la richesse et des recettes fiscales nouvelles.
Sans une affectation claire vers les infrastructures, l’énergie, l’agriculture ou l’industrie, ces 930 milliards risquent de n’être qu’un palliatif temporaire, creusant davantage le fardeau budgétaire du pays.

