Industries culturelles: L’Afrique noyée dans le modèle occidental.

 Industries culturelles: L’Afrique noyée dans le modèle occidental.

La production des œuvres littéraires, cinématographiques et musicales Africaines jusqu’à aujourd’hui continue de se greffer sur le modèle européen et américain. Une stratégie qui freine le développement économique et perpétue l’aliénation des États du continent « noir ».

Les médias africains, notamment la télévision, radio et Internet sont inondés à plus de 70 % par les programmes occidentaux qui n’apportent culturellement rien aux téléspectateurs et auditeurs du continent », précise le Dr Tchouankam. Une affirmation qui reste tout de même partagée par les acteurs culturels. Pour le cinéaste, universitaire, Albert Ottou « ce qui fait problème dans l’industrie culturelle en Afrique, c’est le copiage, ou encore se greffer totalement sur des modèles venant d’ailleurs. Ce qui fait que les représentations culturelles, traditionnelles ne reflètent pas exactement ce que les téléspectateurs attendent.

Le langage utilisé est celui européen ou américain, le mode vestimentaire, l’habillage et bien d’autres restent la marque déposée de l’occident. Il faut penser à une industrie purement africaine ou à 70 % culturellement africaine ». Comme pour dire le modèle africain reste encore et toujours ce qui vient d’ailleurs.

Les industries culturelles sont porteuses non seulement de valeurs et d’identités, mais contribuent considérablement au développement local. Ainsi, pour penser à une industrie purement africaine et ouverte sur le monde avec une touche d’authenticité, les regards se tournent vers l’’importance de se détacher de l’héritage colonial. « La perfection, le beau, n’est pas ce qui vient d’ailleurs, mais l’authenticité et la mise en valeur de ce qui est notre essence culturelle », précise l’historien Amadou H. Pour lui, il faudrait se forger sur ses origines, sur l’essence même de sa culture, sur l’héritage ancestral pour penser à une libération et à un détachement permettant un développement économique propre aux industries culturelles africaines.

Il ajoute, « Nous tous regardons les supports qu’offrent nos réalisateurs, nos écrivains, mais tous veulent toujours étendre sur le plan international sans toutefois d’abord impacter positivement le public africain. Or, si ceux-ci réussissent à toucher à 90 % ou plus les Africains avec ce qu’ils offrent, le reste viendra seul. Notre histoire s’inscrit par nos ouvrages, pas celle des autres ». Comprendre que, pour offrir le meilleur à l’industrie culturelle en Afrique, faudra revoir les stratégies de production.

Ce qui renvoie à la situation de la culture en Afrique, qui n’est point au cœur du développement, mais au cœur du fleuve Léthé, en chute. Le moteur de la culture en Afrique subsaharienne est donc en panne et dysfonctionnel ; et nécessite par conséquent des « réparations » pour assumer pleinement son rôle de catalyseur de l’économie nationale. Tous s’accordent sur la nécessité, voire l’urgence de mieux structurer et réglementer le secteur des arts et de la culture afin que le « berceau de l’humanité, puisse véritablement parler d’industrialisation de sa culture ».

Pour y parvenir de manière effective, il faut que la culture soit réellement considérée comme une activité économique à part entière et qu’elle soit soumise aux règles concurrentielles du marché comme les autres secteurs de l’économie et bien sûr s’appuyer sur le savoir-faire ancestral. Puisque l’économie créative d’aujourd’hui participe à la fois de la technologie, des affaires et des arts traditionnels, il est bon de prendre du recul pour examiner d’où proviennent les produits culturels de nos jours.

L’Inde, par exemple, brille par ses prouesses dans les services informatiques, tandis que la Chine avec son esprit d’innovation, est un des trois premiers pays au palmarès mondial des dépôts de brevets et en haut du classement des exportations créatives. Ce qui leur a valu cette performance est leur culture. En effet, pour les Chinois, tout réside dans la tradition, l’héritage ancestral. « Notre culture est le socle de notre développement économique. Ceci dans presque tous les domaines. Alors il faut revenir à nos traditions pour penser à une industrie culturelle forte », confie Madeleine Ndji, étudiante en journalisme et analyste des questions culturelles.

La question de la contribution de la culture au développement s’est accrue ces dernières décennies, le contexte de la mondialisation obligeant les acteurs du monde à recentrer les intérêts économiques autour d’un développement qui tienne compte de la différence des peuples, afin que ce développement soit prospère et durable. « Raison de plus pour au préalable se pencher sur l’héritage laissé par nos ancêtres ».

« Comment valoriser une culture si c’est une autre qui se charge de la rendre visible ? C’est ce que l’occident fait pour la culture africaine. Elle se charge de produire les œuvres africaines, les publient, diffusent, ce qui fait qu’elle ne prendra jamais cette culture pour importante. Il faut donc se libérer et s’autoproduire africain ». 

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