Douala : à l’hôpital Laquintinie, la « rue des cercueils » choque et divise

Douala : à l’hôpital Laquintinie, la « rue des cercueils » choque et divise

À quelques mètres de l’hôpital Laquintinie, à Douala, les cercueils s’alignent sur les trottoirs comme une vitrine de l’inévitable. Un commerce qui provoque malaise chez les malades, mais qui reste une manne pour les vendeurs.

À l’entrée de l’hôpital Laquintinie, les passants sont accueillis par un spectacle singulier : une enfilade de cercueils vernis, posés à même le trottoir. Les couleurs sombres et les boiseries brillantes rappellent que, juste derrière ces murs, on se bat aussi bien pour sauver des vies que pour préparer les adieux. Pour certains visiteurs, cette proximité installe une ombre dans l’esprit avant même de franchir la porte de l’hôpital.

« C’est choquant, mais c’est pratique »

Gisèle, vendeuse de cercueils depuis plus d’une décennie, connaît bien la polémique. Elle reconnaît que ses marchandises peuvent effrayer, mais défend un argument simple : « Ici, quand une famille en a besoin, on est juste à côté. Pas besoin de courir en ville. »
Ses cercueils, soigneusement vernis, sont exposés à ciel ouvert, attirant aussi bien les regards curieux que ceux, discrets, des clients en deuil.

Un débat qui ne s’éteint pas

La question de la délocalisation revient régulièrement dans les discussions locales. Les opposants estiment que l’entrée d’un hôpital doit inspirer l’espoir, pas rappeler la fin de vie. “On peut enlever les cercueils devant l’hôpital pour ne pas effrayer les malades” recommande Geneviève, habitante de la ville de Douala. Les partisans du statu quo, eux, rappellent que la mort est une certitude et que la cacher n’y changera rien.

Des journées fortes en émotion… et en affaires

Pour les commerçants, le calendrier a son rythme : le jeudi et le vendredi, jours de nombreuses levées de corps à Douala, les ventes explosent. La proximité avec l’hôpital, doté de l’une des plus grandes morgues de la ville, assure un flux régulier de familles endeuillées. Un paradoxe troublant où la douleur des uns devient la prospérité des autres.

La Rédaction

Learn More →

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *