Pour la première fois, un président français admet que la France a mené une guerre au Cameroun, avant et après l’indépendance de 1960. Dans une lettre à Paul Biya, Emmanuel Macron endosse les conclusions d’un rapport d’historiens et ouvre la voie à un travail mémoriel inédit entre Paris et Yaoundé.
C’est un mot qui change tout : « guerre ». Emmanuel Macron l’emploie noir sur blanc pour qualifier les violences perpétrées par la France au Cameroun, contre les mouvements indépendantistes, de la fin des années 1950 jusqu’au début des années 1970.
Dans une lettre rendue publique mardi, le chef de l’État français reconnaît « le rôle et la responsabilité » de Paris dans ces événements, reprenant les conclusions d’un rapport historique remis en janvier. Les chercheurs y décrivent une répression coloniale glissant vers un véritable conflit armé, causant « des dizaines de milliers de victimes ».
Un conflit au-delà de l’indépendance
Selon le rapport, l’indépendance proclamée le 1er janvier 1960 n’a pas marqué de rupture nette avec l’ère coloniale. Le président Ahmadou Ahidjo, soutenu par la France, avait mis en place « un régime autocratique et autoritaire » avec l’appui d’administrateurs français.
Le document revient sur des épisodes sanglants comme le massacre d’Ekité en 1956 ou l’assassinat de figures majeures de la lutte, dont Ruben Um Nyobè et Paul Momo. Sur l’affaire Félix-Roland Moumié, empoisonné à Genève, Macron admet ne pas disposer « d’éléments suffisants » dans les archives pour établir des responsabilités.
Un travail mémoriel engagé depuis 2022
Cette reconnaissance s’inscrit dans le prolongement de la commission mixte franco-camerounaise créée en 2022, coprésidée par l’historienne Karine Ramondy, chargée d’étudier la période 1945-1971. Dans la lignée des travaux sur le Rwanda et l’Algérie, plus de mille pages d’archives et de témoignages viennent éclairer un pan longtemps occulté de l’histoire coloniale.
Regarder le passé pour bâtir l’avenir
Pour Macron, il ne s’agit pas seulement d’un acte symbolique. Il propose la mise en place d’un groupe de travail bilatéral et promet de faciliter l’accès aux archives françaises. « Ces recherches vont nous permettre de continuer à bâtir l’avenir ensemble », assure-t-il, appelant à renforcer les liens entre la France et le Cameroun.

