À Douala, sur moins de 5 km, le trajet entre Syncatex et la gare routière de Ndokoti tourne au supplice. Nids-de-poule géants, tarifs de transport en hausse, accidents répétés. Les usagers crient leur détresse et appellent les autorités à réagir.
Sous un ciel gris et un air saturé d’impatience, la route du tronçon Syncatex – gare routière Ndokoti n’a plus rien d’un ruban de bitume. Sur moins de 5 kilomètres, le parcours se mue en calvaire. Deux heures pour rallier l’autre bout, au prix de secousses, d’éclaboussures et parfois de chutes spectaculaires.

« Ici, la route est devenue un enfer. Chaque jour, on se demande comment on va passer », confie Laurent, conducteur de moto-taxi, rencontré sur place.
Les creux se sont transformés en mares profondes, véritables “piscines” improvisées qui engloutissent les roues et freinent tout élan.
La débrouille au prix fort
Quand la moto cale ou se retrouve prisonnière de ce nid d’éléphant, rempli d’eau sale, on porte le client littéralement. Des scènes surréalistes qui se répètent jour après jour.

« Quand ça ne roule pas, on finit par porter les passagers sur le dos. C’est comme ça depuis des mois. On vient on met la pouzzolane et deux jours après, le même calvaire recommence », raconte Franck, jeune transporteur, avec un large sourire forcé au visage.

Dans cette misère logistique, certains trouvent pourtant leur compte. Les pousse-pousse, transporteurs improvisés et mécaniciens de fortune profitent de la situation. Mais pour la majorité, la facture est lourde. Entre la surenchère des tarifs de transport et les journées entières perdues dans les embouteillages, le moral est au plus bas. « Tu es à Ndokoti, tu proposes 500 francs pour Logbaba, on refuse. On te demande de payer 1000 francs pour passer par PK8 avant d’arriver à destination» lance un usager.
Colère et désillusion
Le sentiment d’abandon est palpable. « On dirait que les autorités nous ont oubliés. Nous, on n’a pas le choix, on doit passer ici tous les jours », lâche Françine, une commerçante du marché voisin, en ajustant sa bassine sur la tête.
À quelques jours de la rentrée scolaire, les habitants redoutent le pire : retards à répétition, absence d’élèves, hausse des prix des denrées acheminées par cette route meurtrie.
Un appel à la réaction
Ndokoti n’est pas un cas isolé, mais il est devenu un symbole. Symbole d’un réseau routier à bout de souffle et d’une urbanisation qui avance plus vite que les infrastructures. Pour les usagers, il y a urgence : réparer, drainer, sécuriser. « Comment on va faire avec la rentrée qui arrive? Nos enfants vont faire comment? Ça c’est quelle malchance ça? On espère qu’un jour, ils vont venir réparer, mais on n’y croit plus trop », glisse un chauffeur de taxi, fataliste.
En attendant, la misère se conjugue à quelques jours de la rentrée scolaire.

