Le chavirement d’une embarcation entre les États de Jigawa et de Yobe, ayant fait au moins 26 morts et 14 disparus ce week-end, remet en lumière l’insécurité chronique du transport fluvial dans le nord-est du Nigeria. Entre surcharge et manque de régulation, le drame souligne les failles des autorités régionales.
C’est un drame de la pauvreté et de l’isolement qui vient de frapper le nord-est du Nigeria. Samedi soir, une embarcation rudimentaire, bondée de paysans et de pêcheurs, a sombré alors qu’elle assurait la liaison entre l’État de Jigawa et celui de Yobe. Le bilan, encore provisoire, fait état de 26 corps récupérés et de 14 personnes toujours portées disparues, selon les chiffres communiqués par Mohammed Goje, directeur de l’Agence de gestion des urgences de l’État de Yobe (SEMA).
L’engrenage de la surcharge
Au Nigeria, la navigation fluviale reste un pilier essentiel de l’économie locale, faute de routes praticables ou sécurisées dans les zones rurales. Mais cette nécessité vitale se transforme trop souvent en piège mortel. Sur place, les témoignages convergent : le bateau était surchargé. « Ces drames sont principalement causés par l’excès de poids. Des mesures ont été prises pour y remédier, mais nous appelons les autorités à intervenir avec fermeté », martèle Sunusi Ahmed, un batelier de 31 ans qui n’avait pas vu de naufrage d’une telle ampleur depuis près de trois ans.
Le non-respect des normes de sécurité n’est pas un accident isolé, mais une constante. Navires mal entretenus, absence de gilets de sauvetage et pilotage nocturne sans éclairage adéquat forment un cocktail explosif. Si l’agence nationale de régulation des voies navigables (NIWA) multiplie les promesses de sanctions, l’application des règles sur le terrain reste largement défaillante.
Un défi pour les autorités régionales
Chaque année, plusieurs dizaines de Nigérians périssent dans ces « cercueils flottants ». Pour les États de Jigawa et de Yobe, déjà éprouvés par l’instabilité sécuritaire liée aux groupes armés dans la région, ce naufrage est un nouveau revers. Il pose la question de l’investissement de l’État fédéral dans la modernisation des infrastructures de transport secondaire.
Alors que les opérations de secours se poursuivent pour tenter de retrouver les 14 disparus, l’émotion laisse place à une demande de reddition de comptes. Les volontaires et les équipes de secours, qui ont réussi à extraire 13 survivants des eaux, travaillent dans des conditions précaires, illustrant une fois de plus le décalage entre l’urgence des besoins et la réalité des moyens de secours au Nigeria.

