Alors que la campagne présidentielle s’intensifie, la justice s’invite avec force dans le débat public. Un collectif d’avocats conduit par Me Serge Bakoa vient de rendre public un plaidoyer en faveur d’une réforme profonde du système judiciaire camerounais.
Ces praticiens du droit dénoncent une justice « malade de ses lenteurs et de sa dépendance financière », estimant que sa refondation doit être une priorité du futur président.
« Il est temps de rebâtir la confiance entre le citoyen et son juge », plaide Me Bakoa.

Des États généraux pour un diagnostic collectif
Le collectif propose la tenue, dès 2026, des États généraux de la justice.
Ces assises nationales réuniraient magistrats, avocats, greffiers, universitaires et acteurs de la société civile afin d’établir un diagnostic partagé des dysfonctionnements du système judiciaire.
L’objectif : bâtir un consensus sur les réformes à engager pour restaurer la crédibilité et l’efficacité de l’institution.

Un fonds autonome pour une justice indépendante
Autre pilier du plaidoyer : la création d’un fonds autonome de modernisation de la justice.
Aujourd’hui, les juridictions dépendent quasi exclusivement du budget de l’État, une situation qui limite leur autonomie et aggrave les retards de traitement des affaires.
Le collectif suggère la mise en place d’un financement mixte, associant : des frais de procédure révisés et transparents ; des taxes parafiscales dédiées ; l’appui des partenaires techniques et financiers.
« Une justice indépendante passe aussi par des moyens indépendants », souligne Me Bakoa.
Les candidats interpellés
À travers cette sortie, les avocats interpellent directement les candidats à la présidentielle.
Ils réclament des engagements clairs sur la place de la justice dans leurs programmes politiques.
Pour eux, la réforme judiciaire ne doit plus être une promesse floue, mais un axe fort du projet de société des aspirants au pouvoir.
Une interpellation qui traduit le ras-le-bol des justiciables face aux lenteurs, au coût des procédures et au sentiment d’injustice.
Des réactions contrastées
Dans les milieux judiciaires, la sortie de Me Bakoa fait réagir.
Un magistrat du tribunal de grande instance de Douala salue « une initiative salutaire » tout en soulignant la nécessité de « préserver l’indépendance de la magistrature dans l’organisation des États généraux ».
Un représentant d’un parti d’opposition estime pour sa part que « la justice doit redevenir le socle de la démocratie ».
Côté majorité, on se veut mesuré : « Les efforts de modernisation sont déjà visibles, mais toute contribution au débat reste bienvenue. »
Les organisations de la société civile, elles, applaudissent la démarche : « Ce cri du barreau rejoint les attentes des citoyens confrontés à une justice lente et coûteuse », confie un militant d’ONG à Yaoundé.
Vers un tournant historique ?
En remettant la justice au centre du débat électoral, Me Serge Bakoa et ses confrères posent une question essentielle : quelle justice pour le Cameroun de demain ?
Leur plaidoyer, au-delà du corporatisme, met en lumière la nécessité de repenser un système clé pour la démocratie et le développement.
À une semaine du scrutin, le cri du barreau pourrait bien résonner jusqu’aux urnes.
Georges Potain Likeng

