Face à une corruption qu’il juge désormais banalisée et triomphante, l’homme politique Jean-Jacques Ekindi a animé, ce mardi 27 janvier 2026 à Bonangando, dans l’arrondissement de Douala Ier, une conférence de presse au cours de laquelle il a dressé un diagnostic sans complaisance et formulé des propositions pour endiguer ce fléau au Cameroun. La rencontre s’est tenue en présence de la presse nationale et internationale.
« La corruption est partout. Avant, elle était honteuse ; aujourd’hui, elle est triomphante. Les feymen sont devenus des modèles, les honnêtes gens des pauvres types. Le Cameroun roule à tombeau ouvert vers la catastrophe, car la corruption est comme le cancer : généralisée, elle tue le pays comme le cancer tue l’homme. » C’est par ces propos sans détour que Jean-Jacques Ekindi, militant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a ouvert sa conférence de presse. Pour cette deuxième sortie publique en l’espace de deux semaines, l’homme politique a recentré son intervention sur la problématique de la corruption, qu’il considère comme l’un des principaux maux qui minent le pays.
Selon lui, la lutte contre la corruption figure depuis des décennies dans les discours des gouvernants, des responsables politiques, des magistrats, des élites, de la société civile, des médias et des citoyens. Pourtant, constate-t-il, plus le temps passe, plus la corruption s’étend et se développe.
Sur le plan juridique, Jean-Jacques Ekindi rappelle que le Code pénal camerounais définit la corruption comme une infraction par laquelle un fonctionnaire ou agent public, pour lui-même ou pour un tiers, sollicite, accepte ou reçoit des offres, promesses, dons ou présents afin d’accomplir, de s’abstenir d’accomplir ou de retarder un acte de sa fonction. Sur le plan organisationnel, il évoque la Commission nationale anti-corruption (CONAC), créée en 2006, dont la mission est de lutter contre la corruption à travers les enquêtes, la centralisation des dénonciations, le contrôle des projets et la sensibilisation. Sur le plan juridictionnel, il rappelle que les affaires de corruption relèvent des tribunaux de première instance, des tribunaux de grande instance et des cours d’appel. Au niveau international, le Cameroun a ratifié la Convention des Nations unies contre la corruption ainsi que la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption.
Des insuffisances majeures et des propositions concrètes
Malgré cet arsenal juridique et institutionnel, Jean-Jacques Ekindi estime que la lutte contre la corruption reste largement inefficace. Selon lui, l’une des principales insuffisances réside dans le fait que la corruption est presque exclusivement abordée sous l’angle des fonctionnaires et agents publics, alors que toutes les transactions administratives, commerciales, financières, foncières et sociales sont aujourd’hui gangrenées par ce phénomène.
Il s’interroge ainsi sur le sort des corrupteurs, soulignant que de nombreux anciens ministres et hauts fonctionnaires sont en prison pour des faits de corruption, sans que ceux qui ont corrompu ne soient inquiétés. Il déplore également que les médias se concentrent principalement sur les agents publics, laissant dans l’ombre les corrupteurs, pourtant acteurs essentiels de ces pratiques. Il relève par ailleurs les moyens très limités dont dispose la CONAC pour accomplir efficacement sa mission.
L’homme politique s’est également attardé sur le dossier Glencore, qui a suscité de nombreuses réactions à l’international. Alors que les dirigeants de cette entreprise font l’objet de poursuites pénales en Grande-Bretagne, il s’interroge sur l’absence de suites judiciaires au Cameroun.
Face à ce constat, Jean-Jacques Ekindi a formulé plusieurs propositions visant à renforcer la lutte contre la corruption. Il plaide pour des investigations approfondies sur les formes de corruption criminelle, y compris la corruption par incompétence et par manquement au devoir de probité, suivies de poursuites pénales effectives. Il appelle également à l’intégration, dans le Code pénal camerounais, des dispositions issues des conventions internationales ratifiées par le Cameroun, notamment celles des Nations unies, de l’Union africaine et de l’OHADA. Il insiste enfin sur la nécessité de renforcer la détection de la corruption active, d’en faire un crime à part entière et d’instituer un délit de non-dénonciation des faits de corruption.
À travers cette conférence de presse, Jean-Jacques Ekindi entend relancer le débat national sur la lutte contre la corruption et interpeller l’ensemble des acteurs publics et privés sur l’urgence d’une action plus ferme, plus cohérente et plus efficace.

