La voix froide du Dr Titianie Mogue Bopda, médecin légiste, a fait trembler le tribunal militaire. Son témoignage a révélé, derrière la rigueur clinique, un récit glaçant. Celui d’un journaliste supplicié, déplacé et marqué à jamais par des sévices inhumains.
Saisie le 23 janvier 2023, la légiste se rend sur les lieux de la découverte du corps, à Ebogo III. Dès l’examen sommaire, les incohérences sautent aux yeux. La dépouille en putréfaction présentait des larves, mais sans essaim de mouches alentour. Le liquide en putréfaction, en faible quantité, ne correspondait pas à un décès sur place. « Tout indiquait que le corps avait été déplacé », conclut-elle, balayant l’hypothèse d’une mort sur ce site secondaire.
L’autopsie de l’horreur
À l’hôpital central de Yaoundé, l’autopsie détaillée livre un inventaire macabre : dents arrachées, traumatismes multiples, lésions anales évoquant l’introduction d’un objet. « Ce sont des éléments objectifs qui témoignent de sévices graves », explique l’experte. Aux yeux du tribunal, le tableau dressé ne laisse guère de place au doute, Martinez Zogo n’est pas mort, il a été torturé.
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ADN et crispations au procès
Pour dissiper tout doute, des prélèvements ADN sont effectués, comparés à ceux du fils et de la sœur du défunt. Les résultats, obtenus avec l’appui d’un laboratoire suisse, confirment son identité. Mais la déposition ne fait pas consensus. Certains avocats dénoncent l’absence de communication formelle du rapport, d’autres s’inquiètent de la multiplicité des expertises. Des zones grises qui alimentent les tensions autour d’un dossier déjà explosif.
Une mort sous le sceau du crime organisé
Au fil de sa déposition, le Dr Mogue Bopda a transformé la salle d’audience en chambre froide de vérité. Derrière les mots scientifiques, s’est imposée une certitude, le journaliste a succombé à des violences systématiques, orchestrées avec une brutalité extrême. Le procès, lui, devra désormais démêler les responsabilités d’un crime qui, plus qu’un assassinat, s’impose comme une démonstration de terreur.

