Cameroun : 270 000 « enfants fantômes » en quête d’identité

Cameroun : 270 000 « enfants fantômes » en quête d’identité

À Yaoundé, le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (Minproff) passe à l’offensive. En injectant près de 267 millions de F CFA dans les caisses de 18 communes, l’Etat espère sortir des milliers de jeunes Camerounais de l’invisibilité administrative.

Au Cameroun, ils sont ce que les sociologues appellent tragiquement les « enfants fantômes ». Des citoyens qui naissent, grandissent et étudient, mais qui, aux yeux de la loi, n’existent tout simplement pas. Le constat est glacial : selon l’Institut National de la Statistique (INS), 30 % des enfants de moins de cinq ans ne sont pas enregistrés à l’état civil. Plus grave encore, en 2024, un recensement dans les écoles primaires a révélé que 1,2 million d’élèves en classe de CM2 et Class Six — à l’aube de leurs premiers examens officiels — étaient dépourvus d’acte de naissance.

Un coup d’accélérateur financier

Face à ce tableau sombre qui hypothèque l’avenir de la jeunesse, Marie-Thérèse Abena Ondoa, la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, a décidé de mobiliser les grands moyens. Ce 29 décembre, une enveloppe globale de 267 millions de F CFA a été répartie entre 18 communes issues de sept régions du pays.

L’objectif est clair : financer les procédures administratives et judiciaires nécessaires à l’établissement de près de 270 000 actes de naissance. Ce geste n’est pas un chèque en blanc. Un cahier des charges strict lie désormais le Minproff aux municipalités bénéficiaires pour garantir que chaque franc soit utilisé à la régularisation de ces dossiers en souffrance.

Un verrou législatif sauté

Pendant longtemps, le délai de déclaration de naissance, jugé trop court, a été un frein majeur, notamment dans les zones rurales enclavées. Mais la loi a évolué : le délai légal est désormais passé à 12 mois. Une avancée notable qui, couplée à cet appui financier, vise à briser le cycle de l’exclusion.

Sans acte de naissance, pas de diplôme, pas de carte d’identité, et à terme, pas de droit de vote ni d’accès formel au marché de l’emploi. En investissant dans l’état civil, le gouvernement camerounais ne traite pas seulement un dossier administratif ; il tente de restaurer la dignité et les droits fondamentaux de milliers de futurs citoyens. Pour que l’école ne soit plus une voie de garage pour ceux qui, faute de papier, restent invisibles au monde.

La Rédaction

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