Le professeur Bruno Bekolo Ebé a procédé, mardi 28 février 2026 à Douala, à la dédicace de son ouvrage « De l’autre côté du mur : la prison me fut une grâce ». Devant un public nombreux réuni à la salle Saint Pierre Favre du Collège Libermann, l’ancien recteur de l’Université de Douala a partagé un récit personnel marqué par son arrestation en 2018, sa détention et sa réhabilitation judiciaire en 2023.
Dans une salle conquise et profondément émue, la parole s’est faite à la fois grave, lucide et habitée. Le livre, fort de 682 pages, s’impose comme le récit d’un homme confronté à la brutalité de la chute, engagé dans une longue traversée de l’épreuve, avant d’amorcer une patiente reconquête de soi.
L’ancien recteur de l’Université de Douala (2003-2012) y retrace avec précision son arrestation en mars 2018, sa détention à la prison centrale de Kondengui, ainsi que l’issue judiciaire qui l’a définitivement blanchi le 24 mai 2023. Mais loin de se limiter à une narration factuelle, l’ouvrage explore les ressorts intimes de la résistance humaine face à l’injustice et à l’effondrement.
Dans sa note de lecture, le Pr Thérèse Oum Ngouem met en lumière un texte où l’expérience carcérale devient un espace de réflexion, de mémoire et de dignité. Le Pr Hervé Magloire Moneboulou Minkada, quant à lui, a proposé une lecture à la fois érudite et incarnée, nourrie d’anecdotes, révélant toute la densité humaine du témoignage.

Le verbe contre l’effacement
Au cœur de son intervention, Bruno Bekolo Ebé a opposé la force du verbe à la violence des stigmates. L’expression « voleur de la République », confie-t-il, demeure une marque douloureuse, tant elle efface en un instant des décennies d’engagement académique et de service public.
L’auteur revient également sur des épreuves d’une rare intensité : la perte de son épouse durant sa détention, les problèmes de santé, les hospitalisations, ainsi que cette confrontation prolongée au temps carcéral, qui éprouve autant le corps que l’esprit.
Pour autant, son livre ne cède jamais à l’apitoiement. Il s’inscrit dans une volonté de transformer la souffrance en héritage. Écrire devient alors un acte de résistance, mais aussi une manière de transmettre : montrer qu’il est possible de tenir, de ne pas sombrer et de poursuivre le combat pour la justice et la vérité.

Un témoignage au-delà de l’intime
Avec « De l’autre côté du mur : la prison me fut une grâce », Bruno Bekolo Ebé dépasse le cadre de l’autobiographie pour s’inscrire dans une littérature du témoignage à portée universelle.
À Douala, cette dédicace a pris la dimension d’un moment de partage rare : celui où une expérience individuelle rejoint une réflexion plus large sur la dignité humaine, la résilience et la capacité à se relever face à l’adversité.

