Une réforme institutionnelle aux allures de bascule démocratique, qui interroge sur l’avenir de la succession politique au Cameroun.
Par Paul Stéphane MENOUNGA
La récente perspective de voir le Vice-président désormais nommé par le Président de la République soulève de profondes interrogations au vue des principes qui sacralisent la Démocratie. En science politique, la démocratie repose sur un principe cardinal, la souveraineté du peuple. Pourtant , en retirant au peuple directement ou indirectement la possibilité d’influencer le choix de celui qui pourrait exercer le pouvoir suprême en cas de vacance, constitue une véritable entorse démocratique, qui peut se manifester selon les déclinaisons suivantes :
Une confiscation de la succession politique
Dans les régimes démocratiques modernes, la question de la succession du pouvoir est encadrée afin d’éviter toute concentration excessive. En donnant au Président le pouvoir de désigner unilatéralement qui pourrait lui succéder, transforme la fonction présidentielle en plaque tournante de sa propre succession. Cette disposition rompt avec le principe d’alternance et introduit une logique de continuité patrimonialisée du pouvoir.
Une atteinte à la souveraineté populaire
Le peuple se voit ainsi dépossédé d’un levier essentiel de contrôle démocratique. Le choix du futur dirigeant échappe à toute forme de légitimation populaire, ce qui fragilise la confiance vis-à-vis des institutions et affaiblit la participation citoyenne.
Une réforme portée par une légitimité contestée
Plus préoccupant encore, une telle réforme est adoptée dans un contexte où les parlementaires sont perçus comme ayant une légitimité étriquée. Dès lors, la modification constitutionnelle perd en crédibilité et peut être interprétée comme une manœuvre politique plutôt qu’une évolution institutionnelle consensuelle.
Vers une présidentialisation extrême du pouvoir
Cette réforme consacre une vision dite “jupitérienne” du pouvoir, où le Président devient le centre absolu du système politique. Il apparaît désormais comme l’Alpha et l’Oméga, contrôlant non seulement l’exercice du pouvoir, mais aussi sa transmission.
In Fine,
Loin d’être une simple réforme technique, cette réforme institutionnelle vise à pérenniser un pouvoir oligarchique par le mécanisme d’une reproduction sociale élitiste. Elle interroge sur la trajectoire démocratique du système politique camerounais. Une démocratie ne se mesure pas seulement à l’existence d’élections, mais aussi à la manière dont le pouvoir se transmet. Et c’est précisément sur ce point que se joue aujourd’hui un enjeu majeur…

