Tiko, le lendemain du drame

Tiko, au lendemain du drame

Vendredi matin, une explosion de camion-citerne a transformé un quartier paisible du Sud-Ouest en brasier. Ce samedi au milieu des décombres encore fumants, les survivants tentent de comprendre comment reconstruire ce qui a été détruit en quelques minutes.

Un silence pesant après l’apocalypse

Le silence qui règne ce samedi matin à Tiko est presque irréel. Il y a moins de 24 heures, c’était l’apocalypse. Les cris, les flammes, le rugissement de l’explosion qui a fait trembler tout le quartier. Maintenant, seul le crépitement des braises qui refroidissent rompt le calme pesant qui s’est abattu sur le secteur sinistré.

Au milieu des ruines fumantes, une femme se tient immobile. Elle fixe ce qui fut sa maison. Enseignante de profession, elle avait tout construit ici. Pierre après pierre. Économie après économie. Une vie entière de travail acharné réduite en cendres en quelques minutes terrifiantes.

“Tout est tombé, il ne reste rien”

Sa voisine tente d’expliquer l’inexplicable. Sa voix se brise à plusieurs reprises. “Tout est tombé. Elle est sans maison. Les livres des enfants qu’elle avait préparés pour la rentrée, les papiers d’examen qu’elle devait corriger ce week-end, tout a disparu. La chambre, les toilettes, le salon, tout a brûlé.” Elle marque une pause, comme pour reprendre son souffle et son courage. “Vous pouvez entrer et voir le dégât. Mais il n’y a plus rien à voir. Juste des cendres.”

Vendredi, vers 08 heures, un camion-citerne transportant plusieurs milliers de litres de carburant a semé le chaos dans ce quartier populaire de Tiko. Selon un témoin oculaire, le poids lourd roulait à vive allure lorsqu’il a percuté violemment un poteau électrique. Le chauffeur, probablement déjà en difficulté, a perdu totalement le contrôle de son véhicule qui a alors heurté plusieurs véhicules stationnés le long de la route avant de se renverser dangereusement près d’une charpenterie. C’est à ce moment précis que le feu s’est déclenché. Le carburant s’est répandu et a immédiatement pris feu. Le résultat pour tous : l’enfer sur terre.

“Nous avons entendu un bruit terrible, comme une explosion”, raconte un habitant qui se trouvait à proximité. “Le camion a percuté le poteau électrique avec une violence inouïe, puis il a fauché les voitures stationnées comme des jouets avant de basculer. Et là, tout s’est enflammé d’un coup. Les flammes sont montées très vite. Très, très vite.”

Une rivière de feu

Le carburant enflammé s’est répandu comme une rivière de feu liquide. Les flammes ont léché les façades en bois, dévoré les toitures en tôle, pulvérisé les vitres sous l’effet de la chaleur intense. La proximité de la charpenterie, avec ses stocks de bois et de matériaux inflammables, a décuplé la violence de l’incendie. En quelques secondes, tout était fini. Une dizaine de maisons consumées de fond en comble. Des véhicules garés dans les cours transformés en carcasses calcinées. Des vies entières brisées par une catastrophe qu’aucun des habitants n’avait vue venir. Les autorités parlent de 8 morts. Les populations, elles, parlent de beaucoup plus.

“Nous avons perdu tellement de choses hier. Des véhicules, des citernes de stockage, des maisons entièrement détruites. Il y a des gens qui n’ont littéralement plus nulle part où dormir”, témoigne un habitant du quartier, le regard perdu dans la contemplation hypnotique des décombres encore fumants.

“Beaucoup d’âmes détruites”

Un autre résidant, visiblement encore sous le choc traumatique de la matinée qu’il vient de vivre, murmure presque, comme s’il craignait de réveiller le malheur : “Beaucoup de choses ont disparu. Beaucoup de biens accumulés pendant des années. Beaucoup d’âmes détruites.” Les mots peinent à sortir de sa gorge nouée. Comment trouver les phrases justes pour décrire l’indescriptible ? Comment mettre des mots sur l’horreur vécue ?

Les autorités locales parlent de miracle relatif. “Le pire a été évité grâce à la réactivité des habitants”, assurent-elles lors de leur descente sur les lieux. Mais pour ceux qui ont tout perdu dans les flammes, ces mots officiels sonnent terriblement creux. Leur pire à eux, il n’a pas été évité. Il est là, devant leurs yeux. C’est ce samedi matin glacial où ils contemplent, hébétés, les ruines calcinées de leurs rêves et de leurs projets.

La difficile question de la reconstruction

L’enquête dira un jour qui est véritablement responsable de cette tragédie. Elle établira méticuleusement les faits, pointera les négligences éventuelles, désignera les coupables s’il y en a. Mais pour ces familles brutalement jetées à la rue par les flammes, la seule question qui compte vraiment dans l’immédiat est beaucoup plus prosaïque et urgente : comment survivre maintenant ? Où dormir cette nuit ? Comment nourrir les enfants qui ont faim ?

À Tiko, la peur panique de la matinée dernière a progressivement cédé la place à la solidarité spontanée. Les voisins dont les maisons ont été épargnées par miracle ouvrent leurs portes sans hésiter. On partage le peu qu’on a avec ceux qui n’ont plus rien. Un toit de fortune pour la nuit. Un repas chaud préparé avec les moyens du bord. Des vêtements propres pour remplacer ceux qui sentent encore la fumée. C’est peu de chose face à l’ampleur du désastre. Mais c’est déjà infiniment précieux pour ceux qui ont tout perdu.

La reconstruction sera longue. Très longue. Terriblement difficile. Parce qu’on ne reconstruit pas seulement des murs et des toits. On reconstruit des vies fracassées, des projets anéantis, des espoirs réduits en cendres.

La Rédaction

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