Réunis à Douala les 22 et 23 avril 2026 autour du thème « Accompagnement et inclusion des travailleurs en souffrance psychique », les acteurs de la Société camerounaise de sécurité et santé au travail (Scsst) ont sensibilisé l’opinion et interpellé les pouvoirs publics sur l’urgence d’encadrer les risques psychosociaux en entreprise, au terme de deux journées marquées par des propositions concrètes et un plaidoyer direct au gouvernement.
À Douala, la santé mentale en milieu professionnel a quitté le registre des sujets secondaires pour s’imposer comme une priorité. À l’issue de deux jours de travaux, la Société camerounaise de sécurité et santé au travail (Scsst) a convié la presse nationale pour dresser le bilan de cette première Journée dédiée à la santé mentale au travail. « Nous avons rompu un tabou. La santé mentale et les risques psychosociaux ne seront plus un défi invisible dans nos entreprises », a déclaré le Dr Joseph Sylvère Kaptue, président exécutif de la Scsst. Selon lui, ces assises ont permis de franchir un cap décisif dans la prise de conscience collective.

Concrètement, plusieurs outils ont été mis à disposition des acteurs du monde du travail. Les employeurs ont été dotés d’un document de management bienveillant intégrant la prévention des risques psychosociaux et la promotion de la santé mentale. Parallèlement, les médecins du travail et les autres professionnels de la santé au travail ont reçu un kit de détection précoce des troubles mentaux et des risques psychosociaux en entreprise.
Dans la foulée, un plaidoyer direct a été adressé au ministre du Travail et de la Sécurité sociale, représenté lors de ces travaux par le directeur de la santé sociale au travail. « Nous avons demandé l’élaboration d’une réglementation sociale spécifique aux risques psychosociaux en entreprise », a précisé le Dr Kaptue.

Le constat dressé par les experts reste toutefois préoccupant. Le Cameroun ne compte que 141 inspecteurs du travail formés à l’École nationale d’administration et de magistrature (Énam), dont aucun n’est spécialisé en santé et sécurité au travail, ainsi que 105 médecins du travail. À cela s’ajoute l’obsolescence du cadre réglementaire, dont les textes les plus récents remontent à 1979. Une situation jugée inadaptée face aux mutations actuelles du monde du travail, notamment l’essor du télétravail et les nouvelles formes d’organisation professionnelle.
Les participants ont également relevé l’absence d’outils fiables pour mesurer la santé mentale et les risques psychosociaux. Pour y remédier, ils ont lancé un défi majeur : produire des données chiffrées et légales à l’issue d’une recherche nationale. Les résultats de cette étude seront présentés lors du 5ᵉ Congrès international scientifique de la Scsst.

Prévu du 13 au 15 octobre 2026 à Douala, ce congrès se tiendra autour du thème : « La pratique de la sécurité et santé au travail en contexte de faibles ressources ». Il ambitionne de réunir des experts afin de repenser les conditions de travail dans un environnement marqué par l’insuffisance des moyens, et de proposer des solutions innovantes pour une meilleure utilisation des ressources disponibles.
À travers cette initiative, la Scsst entend inscrire durablement la santé mentale au cœur des politiques publiques et des pratiques en entreprise, en faisant de la prévention des risques psychosociaux un levier essentiel de performance et de bien-être au travail.


