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« Et s’il fallait refaire ? » : un livre qui interpelle des dirigeants camerounais, principaux responsables du mal-être des populations.

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L’ancien rédacteur en chef de HTV nous parle de son tout premier ouvrage. Un récit sur la migration et des fléaux sociaux qui minent la société camerounaise. L’ouvrage référencé le 09 juin 2022 à la bibliothèque nationale de France est disponible depuis vendredi dernier au Cameroun.

Parlez-nous un de votre ouvrage ?

« Et s’il fallait refaire ? » est un récit de dix chapitres qui tire son existence de deux univers à la fois réels et fictifs. Le personnage principal, Gabriel Massouda, est l’aîné d’une vulnérable famille de cinq enfants. Conscient des difficultés dans un environnement qui ne lui offre aucun cadeau, il décide d’embrasser le monde complexe de la débrouillardise, afin de subvenir aux besoins élémentaires des siens. Fils d’un père irresponsable et alcoolique, il bénéficie d’une grande assistance de sa mère dans chacune de ses actions, jusqu’au jour où un triste évènement décide de la paralyser. Abandonné à lui-même et toujours à la quête d’un bonheur rêvé pour ses frères, les recherches de travail infructueuses vont le pousser sur le chemin de l’Europe.

Il entreprend alors un pénible voyage, long de quarante mois, qu’il traverse armé de courage et de détermination, l’emmenant jusqu’à ses rêves. Pour se frayer une existence dans le nouveau milieu où personne ne semble vouloir de lui, il monte des histoires autour de sa personne afin d’attirer davantage l’attention et la compassion des décideurs. Rejeté tel un malpropre par la justice, il fait appel, gardant espoir que le monde ne lui sera pas, indéfiniment rude. Dans l’attente de la sentence finale qui cache, sans véritable efficacité, un dénouement malheureux, l’ouvrage est mis sous presse.

Pourquoi avoir choisi ce titre et pas un autre ?

Le titre, je l’ai choisi en interrogeant un migrant. Ce dernier m’avait parlé des peines et des misères qui constituaient son quotidien dans la longue marche qu’il avait entreprise vers l’Occident. Le récit qu’il m’avait fait était assez interpellateur. Il était ponctué de douleurs et d’horreurs. Ce dernier avait répondu à la quasi-totalité de mes questions, mais avait été incapable de dire un mot sur celle-ci : Et s’il fallait refaire ?

Cette question est transversale à plusieurs personnes qui comme lui ont fait des choix difficiles dans leur vie.J’ai aussi voulu garder ma casquette de journaliste dans la narration en restant le plus loin possible de l’émotif. Il fallait laisser les faits parler, tout en donnant au lecteur le soin de se faire une conclusion.

Combien de temps tu as pris pour la rédaction de ce magnifique ouvrage ?

La rédaction de cet ouvrage a duré un an très exactement. Arrivé en France en septembre 2020, j’ai dû profiter des politiques de restriction imposés par le gouvernement pour faire face au virus du Covid-19 pour entamer cette aventure. Je me suis d’abord mis pendant quelques mois sur un projet qui retrace mes années de lycée avant d’embrasser celui-ci, car je le trouvais plus intéressant et plus approprié aux réalités actuelles. Après la rédaction, j’ai voulu faire un test en me demandant : Qui acceptera de publier ceci ? L’œuvre d’un auteur sans réelle expérience dans le domaine ?

C’est alors que je contacte en 2021, une dizaine de maisons d’édition parmi lesquelles Baudelaire, Panthéon, Amalthée, Persée, Vérone…Au bout d’un mois, après étude de mon manuscrit, j’ai les premiers contrats qui me parviennent. Je fais alors le choix de Sydney Laurent que je trouve meilleur jusque-là. Cette décision est prise dans la précipitation, car je me disais probablement que les autres éditeurs ne me donnaient pas une réponse positive. Je m’étais donc trompé en pensant ainsi, car toutes les structures que j’avais contactées m’avaient favorablement répondu.

Et quels sont les objectifs que vous souhaitez atteindre à long et à court terme après la publication de ce chef-d’œuvre ?

Pour comprendre les objectifs, il faut faire un léger détour sur les cibles : le gouvernement et la famille. Les objectifs sont assez simples. Et s’il fallait refaire ? est comme un hymne en hommage à ces Camerounais qui traversent des moments difficiles et peinent à s’insérer socialement. C’est également un narratif d’une jeunesse camerounaise conquérante et assoiffée de réussite, bien que lésée par les Politiques. 

Le livre interpelle les dirigeants camerounais, principaux responsables du mal-être des populations. Il estime que les injustices sociales empêchent le citoyen Lambda de jouir des richesses de sa patrie. Le scénario est simple : une partie du peuple (l’écrasante minorité) est assise autour d’une table pleine à craquer. Elle savoure sans partage faisant tomber des miettes qu’elle écrase par la suite. Une fois le repas terminé, le peuple affamé est envoyé au charbon pour à nouveau leur remplir la table… À côté du politique, il convient aussi de préciser que nous, camerounais, devons œuvrer sans relâche pour le développement endogène de notre pays. Très souvent, nous partons pour un monde déjà construit (l’Europe, l’Amérique) où des Hommes se sont sacrifiés pour arriver à un tel niveau. Personne ne se sacrifiera pour nous. 

L’idée aussi est de sensibiliser au fondement de la famille. Certains engagements et décisions que nous prenons dans notre jeunesse auront un impact sur la durée. Gabriel, le personnage principal, est le fruit d’un amour mal construit entre ses parents.

D’où t’es venue l’inspiration d’écrire ce livre ?

En tant que journaliste, je voulais continuer à parler des réalités de notre monde. Je voulais aussi mettre à profit ma période de confinement. C’était un défi personnel.

Pour l’inspiration, je l’ai puisée dans mon quotidien d’homme de médias. J’ai rencontré tellement de personnes. Des riches comme des nécessiteux. Je me suis surtout inspiré d’un livre que je n’oublierai jamais : Père inconnu. Cet ouvrage m’a appris à me détacher des fins glorieuses et à regarder le monde d’un œil objectif. À l’auteur Pabé Mongo, ce père rempli d’amour, je ne tairai jamais ma gratitude.

Pouvez-vous nous dire un mot sur la première de couverture ?

L’image en première de couverture représente un jeune camerounais qui médite sur ses choix. Devant lui, il y a la mer qu’il a traversée et juste après, l’horizon. Anxieux, il se demande en toute légitimité si son combat valait la peine.

Quels sont les pires et meilleurs moments vécus depuis la rédaction jusqu’à la publication du livre ?

La rédaction n’était pas un long fleuve tranquille. Il y avait des nuits blanches et des périodes caractérisées par ce syndrome de la feuille blanche que vous connaissez sans doute. Grâce à la famille et à des proches, j’ai pu surpasser cette étape. Depuis la sortie du livre en juin 2022, je n’ai pratiquement plus de vie. Je bouge beaucoup. Je vais à la rencontre de mes lecteurs. J’écoute leurs critiques. Je noue des alliances pour la suite. Je suis resté objectif dans le récit. Je n’ai insulté personne. Je parle des faits que vous et moi connaissons. Jusqu’ici, ma vie continue son cours normal. Il m’est juste un peu difficile d’allier l’écriture à mes autres occupations quotidiennes.

Comment faire pour se procurer le livre ?

L’ouvrage est disponible sur Amazon, Fnac, Cultura, Dilicom, Decitre… Donc peu importe le lieu où on se trouve dans le monde, il est possible de le commander. Au Cameroun, il est actuellement en vente à la librairie des Peuples noirs. Nous comptons étendre le réseau de diffusion dans les prochains jours.

Travaillez-vous déjà sur un nouveau livre ?

Oui ! Actuellement, je suis sur une thématique assez complexe et délicate. Toutes les personnalités avec qui j’échange à ce sujet, requièrent l’anonymat. Il s’agira d’un épisode de notre histoire. Une bataille de positionnement qui s’est produite ces dernières années, balayant d’un revers de la main les droits de l’homme. Rendez-vous dans quelques mois pour en reparler. 

Qui est Jean Marie KENFACK ?

Diplômé de la 44e promotion de journalisme de l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication à Yaoundé, Jean Marie Kenfack est un passionné de l’univers des médias. Les premiers amours avec la profession naissent le 11 septembre 2001. Les États-Unis sont frappés par des attentats qui réduisent en cendres les tours jumelles du World Trade Center, faisant des milliers de morts. Ce jour-là, le natif de Mbanga, dans la région du Littoral au Cameroun un matin d’octobre 1992, découvre sur une télévision généraliste française de service public un journaliste qui va l’inspirer et le façonner. Ce dernier y présente une édition spéciale, consacrée à l’horreur qui vient de frapper la première puissance mondiale. Les années qui suivront seront, pour l’auteur, une marche acharnée vers cet idéal. Une marche motivée par une grande envie de dénoncer les injustices sociales qu’il observe autour de lui. Suivant cette logique, il écrit en 2021 en France son tout premier récit intitulé : Et s’il fallait refaire ?

Une rédaction de Patricia Angonemane


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